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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 23:29
Voici un texte magnifique à lire dans son intégralité, écrit par ler mari d'une sage-femme :
Marié à la sage-femme
 
Le réveil de Sharon sonne, et j’attends qu’elle l’éteigne. Au bout d’un moment je me retourne, marmonnant que c’est son réveil et pourrait-elle si possible l’éteindre – pour me retrouver à parler à un lit vide. Je grogne, me rappelant le coup de fil à 2 heures du matin et pensant à la matinée tourmentée qui m’attend.
Quand elles appellent, elle s’en va. Peu importe l’heure qu’il est, peu importe à quel moment du film on est, ou qui nous avons à dîner. Elle y va, et malheur à l’homme qui essaye de l’arrêter. J’ai essayé, une fois. Nous étions en train de nous disputer et elle a reçu le coup de fil. Je lui ai dit que ça n’était pas juste. J’ai tapé du pied. J’ai crié [ou « pleuré » – ça peut être l’un ou l’autre]. Elle s’est juste fâchée de plus en plus. Elle m’a demandé si je voulais appeler la femme et lui dire de mettre au monde son bébé toute seule. Pendant un instant j’ai haï la femme en train d’accoucher, mais j’ai aussi commencé à comprendre que pour Sharon, une mère en travail sera toujours la première priorité.
J’ai entendu des sage-femmes dire, parfois en plaisantant, parfois avec fougue, qu’aucun autre métier ne ressemble à celui-ci. Je suis d’accord, et j’ajouterais que rien ne ressemble au fait d’être marié à une sage-femme. Je déteste ce qu’elle fait et j’adore ce qu’elle fait. Je trouve ça agaçant et je trouve ça stimulant. Quelqu’un m’a dit un jour que le taux de divorces est élevé chez les sage-femmes pratiquant les accouchements à domicile. Je me suis dit : « Tu rigoles? Avec le salaire dérisoire, les heures de travail impossibles et en plus le risque de procès dans notre état, quel homme ne voudrait pas d’une sage-femme pour épouse ? »
Suis-je en colère? Parfois. Est-que je veux qu’elle fasse autre chose? Jamais de la vie. Comment pourrais-je, alors qu’elle revient à 4 heures du matin, les larmes aux yeux, et me raconte l’histoire d’une mère qui avait si peur parce que son dernier bébé était mort in utéro à 6 mois, et qu’elle m’explique comment le chagrin la douleur et la joie se sont mêlés lorsque son bébé de 4 kilos est venu au monde ? Elle aime son travail et elle aime ses femmes. Elle fait tellement de choix difficiles. Je ne veux pas la faire choisir entre son travail et moi. En plus, je perdrais sûrement.
Quand notre fille, Hannah, chouine et demande pourquoi sa mère doit partir à nouveau le lendemain, Sharon lui dit simplement « C’est mon métier. C’est ce que je fais. » C’est vrai, mais c’est aussi sa vocation et sa passion. C’est ce qu’elle fait pour changer un peu le monde. C’est une lionne quand elle dit : « Il faut que les femmes aient le choix quant au lieu où mettre au monde leurs bébés. » Je l’admire énormément à cet instant – et puis le téléphone sonne. J’écoute alors qu’elle explique l’importance de manger pour nourrir le bébé. Elle fait de grands gestes en parlant, réduisant en miettes le mythe de la prise de poids minimale durant la grossesse. Elle dit : « Pour l’amour du ciel, si tu as faim, mange ! Mange beaucoup de protéines. Bien sûr, c’est pas un problème 4 œufs avec de la sauce chaude. On veut des bébés heureux et potelés ! » Elle raccroche et le téléphone sonne à nouveau.
Un jour c’est Hannah qui a répondu au téléphone, puis a appelé Sharon, qui s’est retirée dans la chambre. J’ai demandé à ma fille qui c’était. Elle m’a dit qu’elle ne savait pas, mais que ça avait l’air d’être une sage-femme. Je me suis dit « Oh oui, je vois ce que tu veux dire. Le ton amical mais sérieux, l’enthousiasme pour parler aux enfants et comme le son d’une consœur au téléphone, « Il faut que je parle à ta maman. » » Alors que Sharon ferme la porte de la chambre je l’entends dire « On utilise de la consoude et du romarin pour les bains de siège des mamans en postpartum et on trouve... »
Les sage-femmes AAD que je connais absorbent les connaissances comme des éponges avides. J’envie le besoin acharné d’information qu’a Sharon, qu’elle vienne d’un bulletin médical ou des traditions orales concernant l’utilisation des herbes. Elle collectionne avec passion les récits de naissances et les publications médicales, le savoir empirique et le savoir théorique.
Ces femmes se doivent de connaître leur sujet sur le bout des doigts, car elles empruntent un sentier très escarpé – surtout dans l’Indiana. La pratique des accouchements à domicile n’est pas à proprement parler illégale ici, mais elle n’est pas non plus reconnue.
Parfois j’ai l’impression de vivre avec une montagne russe émotionelle. La plupart des naissances se passent bien, et Sharon rentre à la maison épuisée et satisfaite. Mais parfois quand elle rentre son visage est rempli de douleur et elle commence, « On a dû transférer... » C’est une histoire de perte qui commence alors, et je plonge avec elle dans la tourmente. Souvent les histoires sont difficiles à écouter : l’atroce décision à prendre alors qu’il devient de plus en plus clair que cette naissance ne se déroulera pas à la maison, la froide stérilité de la salle des urgences, la brusquerie et parfois l’hostilité affichée des médecins qui n’ont pas beaucoup de contacts avec des sage-femmes. Et au milieu de tout cela, la peine, car souvent, bien que pas toujours, un transfert signifie une césarienne. La sage-femme accompagne, aidant le partenaire de la femme, suggérant des alternatives une fois à l’hôpital. Le lien de communauté entre les femmes reste intact même dans cet environnement, si différent de la calme sécurité et de la chaleur d’un foyer.
J’avoue que le métier de Sharon m’effraie parfois. Elle travaille si près de la fenêtre entre la vie et la mort. Elle aide à la venue de la vie dans ce monde, et parfois c’est un lieu où il est dangereux de se trouver.  
J’en parle comme si j’étais vraiment là, mais je ne suis qu’une petite partie des figurants. Je suis celui qui écoute. Je m’émerveille devant la beauté et la douleur, la force et la vulnérabilité des femmes, et pourtant je reste en dehors de tout cela. J’apprends les noms des futures mamans et écoute le récit de leurs accouchements, mais ne les rencontre jamais pour la plupart.
Je me dis souvent que je suis marié à quelqu’un qui est sur la voie de la Sagesse. Mais Sharon n’est pas un archétype ; c’est une femme bien réelle qui s’occupe de sang et de douleur, de ventres tendus et de l’épiphanie de vies toutes neuves. C’est une gardienne du moment de la naissance, et lorsque ce moment arrive il n’y a rien à faire que de la laisser partir. Le téléphone sonne et elle part.
 
Tom Smith partage son temps entre l’écriture, l’instruction à la maison de ses deux enfants, Ben et Hannah, et son travail à la bibliothèque locale. Il vit à Lafayette, dans l’Indiana, où il est toujours marié à la sage-femme après 14 ans.

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